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Comment va Henri ?

Photo du rédacteur: Sylvie Pigeon
Sylvie Pigeon
6 août
3 min de lecture
Henri, quelques jours après sa blessure. Une expérience qui m'a amenée à réfléchir autrement à l'empathie… et à l'intelligence artificielle.
Henri, quelques jours après sa blessure. Une expérience qui m'a amenée à réfléchir autrement à l'empathie… et à l'intelligence artificielle.


Quand une intelligence artificielle donne l'impression d'être empathique.


Henri, mon golden retriever de six ans, s'est récemment blessé en courant dans les bois. Son petit coussinet de patte arrière s'est profondément fendu. J’ai pris une photo de la blessure et je l'ai envoyée à ChatGPT. Analyse de la plaie, conseils pour nettoyer et protéger la plaie, limiter les sorties, surveiller certains signes d'infection et consulter un vétérinaire si la blessure s'aggravait. De bons conseils. Puis est arrivée cette dernière phrase :


« Si tu veux, tu peux aussi m'envoyer une photo demain matin. Je pourrai te dire si l'aspect semble suivre une évolution normale ou non. »


SURPRISE ! L’IA ne faisait pas que répondre à mes questions. Elle me proposait un suivi, un accompagnement ! Est-ce que l'IA est devenu empathique ?


Juste avec cette phrase, j’ai eu l’impression que l’IA m’aidait à réduire mon anxiété de voir Henri blessé et que j'avais quelqu'un pour m'assister s'il arrivait quelque chose. J'ai ressenti le même effet que si une amie m'avait supporté.


Pourquoi les réponses de l'IA nous paraissent-elles empathiques ?


Force est de constater qu'une machine peut produire chez l'autre certains des effets que produit habituellement une personne empathique: un sentiment d'être accompagné, compris et rassuré. Pourtant, ChatGPT ne s'inquiète pas pour Henri. Il ne ressent ni anxiété, ni soulagement, ni affection. Il ne s'inquièterait pas davantage si la blessure empirait.


Ce que les neurosciences nous apprennent sur l'empathie.


Selon la neuroscientifique Sama Karaki, l'empathie est une capacité humaine complexe qui mobilise à la fois nos émotions, notre attention et nos représentations de l'autre.

Elle dépend de notre niveau d'attention, de notre fatigue (on peut être moins empathique le soir quand on est fatigué), de notre disponibilité mentale, mais aussi de la manière dont nous percevons l'autre. Nous éprouvons généralement plus d'empathie envers ceux qui nous ressemblent, partagent nos valeurs ou appartiennent à notre groupe. Notre empathie est donc profondément sélective et elle n'est pas neutre. Elle varie selon nos liens, nos croyances.


L'IA ne ressent ni fatigue, ni attachement personnel. Elle ne choisit pas spontanément de s'investir davantage auprès d'une personne parce qu'elle lui ressemble. Bref, l'IA ne ressent rien.


Mais, elle peut parfaitement simuler une conversation chaleureuse et des comportements associés à l’empathie. Elle peut même donner l'impression d'être une présence réconfortante même si elle ne fait pas ce voyage vers l'autre. Elle ne connaît ni Henri ni l'histoire qui nous unit. Elle ne partage aucune expérience. Elle ne nous rend pas visite sur notre chemin intérieur. Bien sûr, toutes les relations humaines ne sont pas aussi profondes. Certaines sont superficielles, maladroites ou distraites. Mais elles possèdent une possibilité que l'IA n'a pas: celle de devenir une véritable rencontre.


Ce que cette expérience révèle de nous et de notre société


Quand je ressens que l'IA est empathique, c’est moi qui donne un sens à ses mots.


Mais ces mots ont aussi été soigneusement conçus pour susciter ce type de réaction.


Pourquoi les concepteurs d'IA choisissent-ils de créer des systèmes capables de produire cette impression d'empathie ?


Que gagnons-nous à interagir avec une machine qui semble nous comprendre ?

Et si une machine produit les mêmes effets qu'une personne empathique, en quoi consiste exactement l'empathie ?


Que devient notre rapport aux autres lorsque des machines capables de simuler l'empathie occupent une place grandissante dans notre vie quotidienne ? Dans une société où les machines savent de mieux en mieux imiter les comportements humains, le discernement devient peut-être l'une des compétences les plus précieuses.


Cependant, même si l'IA n'éprouve ni sentiments ni empathie, elle peut néanmoins apporter un réconfort bien réel aux personnes qui traversent un moment d'inquiétude. Et cela peut aussi nous rassurer et nous faire sentir moins seuls, comme je l'ai ressenti avec Henri.


P.S. Aujourd'hui Henri va très bien, sa plaie est complètement guérie et il a recommencé à courir dans le bois... aussi vite qu'avant :)







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